Comment PASDeR 3 a transformé les syndicats agricoles au Bénin

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Des producteurs aux prestataires de services

Comment faire pour que les organisations paysannes passent du statut de bénéficiaires passifs d'aide à celui d'acteurs clés de leur propre économie agricole ? Au Bénin, le projet PASDeR 3 a consacré cinq ans à cette étude, et ses résultats offrent un modèle convaincant pour l'ensemble du secteur.

Le Programme d’appui au secteur du développement rural, phase 3 (PASDeR 3), financé par la Coopération suisse (DDC) et mis en œuvre par le consortium Swisscontact-LARES, s’est fixé un objectif ambitieux : transformer les syndicats agricoles (PSO) en véritables prestataires de services de développement des entreprises (BDS) pour les petites exploitations familiales dans quatre départements du nord du Bénin.

La dernière étude de cas de la série « Learning into Action » (LiA) de l’AMEA documente ce qui s’est passé entre 2020 et 2025 – et ce que cela signifie pour le déploiement à grande échelle des approches menées par le BDS en Afrique de l’Ouest.

Les chiffres racontent une histoire éloquente

En cinq ans, le projet PASDeR 3 a soutenu près de 49 000 petites exploitations familiales (dont 301 dirigées par des femmes), généré 43,2 millions de dollars de revenus supplémentaires et créé plus de 70 600 emplois équivalents temps plein. Le coût moyen par exploitation soutenue s’élevait à 230 francs suisses, avec un indice d’efficacité global de 0,81 — un excellent retour sur investissement pour une intervention complexe impliquant de multiples acteurs.

L'analyse LiA de l'AMEA a approfondi son étude en appliquant l'outil standardisé AMEA BDS Economics Tool à un échantillon ciblé de huit entreprises des filières riz, manioc, élevage et mangue. Pour chaque dollar investi dans le soutien au développement des entreprises (BDS), l'entreprise médiane a généré 0,99 USD de revenus supplémentaires, avec un retour sur investissement moyen de 1,06 USD. La création d'emplois a été globalement positive, bien que concentrée chez les entreprises les plus performantes.

Au-delà des chiffres globaux, PASDeR 3 a accompli un travail de fond : il a permis aux organisations locales de passer d'un modèle dépendant des subventions à un modèle où elles gèrent les infrastructures, fournissent des services et connectent les agriculteurs aux marchés. Les syndicats agricoles qui dépendaient autrefois d'un soutien extérieur coordonnent désormais les unités de transformation, les installations de stockage et les marchés aux bestiaux – et facturent de plus en plus ces services.

Cette transition est inégale et encore inachevée. Les contributions de cofinancement interne des entreprises soutenues sont restées inférieures à 31 000 milliards de francs suisses du coût total du programme BDS, et la dépendance aux donateurs est bien réelle. Cependant, les organisations de la société civile ont mobilisé collectivement plus de 300 000 francs suisses de ressources internes, et les contributions de tiers ont atteint jusqu’à 31 221 milliards de francs suisses dans certaines organisations d’élevage – preuve qu’un effet de levier est possible lorsque les relations au sein de l’écosystème sont solides.

Ce qui fonctionne et ce qui nécessite encore une attention particulière

L’analyse de la LIA fait ressortir quatre leçons claires pour les praticiens et les investisseurs :

  1. La structure de la chaîne de valeur est primordiale. Les entreprises de manioc et de riz, où la demande du marché est plus forte et les chaînes de valeur mieux organisées, ont systématiquement surpassé les acteurs de l'élevage et de la mangue. La conception des systèmes de développement commercial (SDC) doit reposer sur un diagnostic précis de la chaîne de valeur et ne pas être appliquée comme une solution standard.
  2. Les infrastructures sans capacité de gestion performante sont peu performantes. Les entreprises les plus rentables ont combiné investissement physique, accompagnement en matière de conseil aux entreprises et liens commerciaux fiables. Lorsque les infrastructures étaient sous-utilisées ou déconnectées des acheteurs, les résultats étaient médiocres.
  3. Le cofinancement demeure la principale lacune du modèle. Les systèmes de développement durable ne reposeront pas uniquement sur les contributions des entreprises individuelles. Tout indique que la voie à suivre consiste à privilégier les mécanismes de financement écosystémiques, combinant incitations publiques, financements mixtes et contributions privées.
  4. L’institutionnalisation est une condition préalable au passage à l’échelle. Les organismes de services publics (OSP) doivent être officiellement reconnus comme fournisseurs de services de développement commercial (SDC) au sein des systèmes nationaux, notamment par le biais de cadres de certification et d’un alignement sur les programmes de conseil public, avant que ce modèle puisse s’étendre durablement au-delà des limites des projets.
LIA PASDeR Benin SwissContact ACED AMEA

Un modèle de référence pour l'Afrique de l'Ouest

Plusieurs pays de la sous-région, dont le Togo, le Sénégal et la Côte d'Ivoire, ont manifesté leur intérêt pour des approches BDS similaires, fondées sur les services de partenariat en ligne. Le projet PASDeR 3 offre un modèle de référence éprouvé pour l'apprentissage transfrontalier au sein du réseau AMEA et de ses processus d'élaboration de la feuille de route BDS en Afrique de l'Ouest.

Cette affaire confirme ce que l'AMEA soutient depuis longtemps : la professionnalisation des organisations rurales et l'intégration du développement durable au sein des systèmes de marché locaux sont des leviers puissants pour bâtir des systèmes agricoles plus inclusifs, plus compétitifs et plus résilients. Y parvenir exige de la patience, une vision écosystémique et la volonté de dépasser le financement au cas par cas.

Téléchargez l'étude de cas complète :

Consultez l'étude de cas complète LIA-CS-06 sur le site web de l'AMEA. Cette étude de cas fait partie de la série « Apprendre en action » de l'AMEA, qui documente et analyse les approches de développement commercial mises en œuvre au sein du réseau de l'AMEA afin de constituer une base de données probantes partagée pour le secteur.